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La médecine chinoise
Source: Publier: Mis à jour le :2006-08-30

Lorsque vous entrez dans une pharmacie chinoise, en République de Chine à Taïwan, c'est comme si vous entriez dans un musée de sciences naturelles en miniature. Les tiroirs disposés en rangées contiennent des produits animaux, végétaux et minéraux, qui ont tous un usage précis. Dans cette grande sélection de curiosités, on trouve du cinabre et de l'ambre pour détendre les nerfs; des noyaux de pêche et du safran bétard pour améliorer la circulation du sang; et du ginseng pour tonifier l'activité cardiaque.

 La préparation d'une ordonnance rédigée par un médecin chinois est un spectacle fascinant. Le pharmacien sélectionne quelques ingrédients parmi les centaines de produits rangés sur ses étagères et dans ses tiroirs. Le patient ramènera chez lui des petits sachets de remèdes, dont il fera des infusions ou des soupes. Devant un bol de ces fumantes tisanes, peut-être vous demanderez-vous quelles sont les règles de cet art médical antique.

Le cadre théorique de la médecine chinoise a été établi dans ses grandes lignes il y a plus de deux millénaires. Une grande partie des connaissances de cette ancienne médecine apparaît sous le pré-Chin (221-207 av. J.-C.) dans le Canon interne, un document détaillé faisant état des théories médicales chinoises existant à cette époque-là. Sous la dynastie Han (206 av. J.-C.-- 220 ap. J.-C.), un guide pratique fait autorité : le Traité des maladies causées par le froid (Shang Han Lung) rédigé par Chang Chung-ching. Ce traité est toujours utilisé aujourd'hui. Une des œuvres médicales chinoises les plus connues est le Précis des plantes médicinales (Pen Ts'ao Kang Mu), composé sous la dynastie Ming (1368-1644) par Li Shih-chen. Cette œuvre encyclopédique marque l'avènement d'une nouvelle ère dans l'histoire de la pharmacologie mondiale. Elle comprend la description de 1892 médicaments différents. Ces œuvres ont toutes été traduites en plusieurs langues étrangères, et ont exercé une influence considérable sur les pays d'Asie orientale et d'Europe.

 La médecine chinoise possède un système unique de classement des maladies, système très différent de celui suivi par la médecine occidentale. La philosophie de la médecine chinoise considère que l'Homme, qui vit entre le ciel et la terre, porte en lui-même un univers miniature.

La matière qui compose les êtres vivants est du genre yin (féminin, passif), qui traduit l'aspect fuyant de la nature. Les fonctions vitales des êtres vivants, par contre, appartiennent au genre yang (masculin, actif, dynamique). Les fonctions vitales des êtres vivants sont régies par les cinq centres du corps suivants : 1. «le cœur» ou «l'esprit» (hsin); c'est le centre du commandement du corps, où se manifestent la conscience et l'intelligence; 2. «les poumons» ou «le système respiratoire » (fei); ce système règle diverses fonctions intrinsèques du corps et maintient l'équilibre cybernétique; 3. «le foie» (kan); ce terme inclut les membres et le tronc, le mécanisme de réaction émotionnelle à l'environnement extérieur ainsi que l'action des organes; 4. «la rate» (p'i); ce système organique régit la distribution des aliments nutritifs partout dans le corps, ainsi que le métabolisme, en apportant force et vigueur au corps physique; et 5. «les reins» (shen); ce système règle le stockage des éléments nutritifs et l'utilisation de l'énergie; la force vitale de l'Homme dépend de ce système. Cette théorie qui est employée pour décrire le système des fonctions corporelles, est connue sous le nom de «phénomènes latents» (ts'ang hsiang).

 Les changements de saisons et les variations de températures influent sur le corps humain. Les changements dont les effets sont les plus visibles sont le vent (feng), le froid (han), la chaleur (shu), l'humidité (shih), la sécheresse (tsao) et la chaleur interne (huo ou «feu»). Les variations brutales ou excessives sont nocives, et on les appelle les «six causes externes de maladies» (liu yin). Si les changements d'humeur chez l'homme entre joie (hsi), colère (nu), souci (yu), cogitation (szu), chagrin (pei), peur (kung), et surprise (ching) sont trop extrêmes, ils nuisent à la santé. Ces émotions sont appelées les «sept émotions» (ch'i ch'ing). Dans la médecine chinoise, les six causes externes de maladie, en interaction avec les sept émotions, constituent le fondement théorique de la pathologie. Ces modèles théoriques associés à la «théorie des phénomènes latents» sont employés pour analyser la constitution du patient et sa maladie, et pour diagnostiquer la cause exacte du déséquilibre physique et psychologique. Gréce à cette analyse, le médecin peut prescrire un traitement pour corriger ce déséquilibre. L'objet de la médecine chinoise est «la personne», et pas seulement la maladie. Dans la pensée médicale chinoise, la maladie n'est qu'une manifestation d'un déséquilibre qui existe chez la personne toute entière.

  

D'après la mythologie chinoise, Shen Nung, père de l'agriculture et chef d'un ancien clan, a testé sur lui-même, une à une, des centaines de plantes différentes pour découvrir leurs propriétés nutritionnelles et médicinales. Beaucoup d'entre elles s'avérèrent nocives. Pendant des millénaires, les Chinois ont joué les cobayes de la même faùon pour continuer à tester les propriétés des plantes : provoquer le froid (han), la chaleur (jeh), la tiédeur (wen) et la fraîcheur (liang). Ils ont classifié les effets médicaux des plantes sur les diverses parties du corps, déterminé leur degré de toxicité, la dose létale etc. Par exemple, la tige de l'éphédra chinois est un sudorifique, mais ses racines au contraire peuvent réfréner la transpiration; l'écorce de cannelier est de nature chaude et elle est utile pour soigner les rhumes; la menthe est de nature froide et est employée pour soulager les maladies causées par les facteurs de chaleur... Cette accumulation d'expériences a enrichi la connaissance des Chinois des phénomènes naturels et permis leur application à la médecine chinoise. Les principes décrits plus haut sont également appliqués pour évaluer l'environnement dans lequel vit le patient, son rythme de vie, les aliments qu'il préfère ou qu'il évite, ses relations personnelles, ainsi que son vocabulaire et sa gestuelle, comme moyens de mieux comprendre sa maladie et de suggérer des améliorations dans des domaines différents. Une fois que les excès et les déséquilibres sont repérés, ils peuvent être corrigés; la santé physique et mentale et l'équilibre peuvent alors être rétablis. Cet équilibre dans le flux d'énergie du corps est le principe directeur du traitement médical chinois.

 En plus de l'ordonnance des médicaments, l'acupuncture est un autre moyen de traitement fréquemment utilisé dans la médecine chinoise. Bien que son histoire précède la naissance de l'écriture chinoise, l'acupuncture ne s'est réellement développée qu'après la dynastie Han. Son fondement théorique est l'ajustement du ch'i, ou le flux d'énergie vitale. Le ch'i circule à travers le corps par le système des «canaux principaux et collatéraux» (ching lo). A certains points le long de ces canaux ou méridiens, l'on peut introduire des aiguilles d'acupuncture ou bien brûler des moxas (ai ts'ao) pour corriger les déséquilibres dans la circulation du ch'i et concentrer les pouvoirs d'autoguérison du corps dans les points nécessaires. En 1980, l'Organisation mondiale de la santé a publié une liste de 43 types de pathologies qui peuvent être traitées efficacement par l'acupuncture. L'anesthésie par acupuncture pendant les opérations chirurgicales ou bien les accouchements sans douleur ne sont plus des nouveautés. L'acupuncture est facile à réaliser, a peu d'effets secondaires et possède un champ d'application étendu. Elle a soulevé une vague de recherches dans les domaines scientifique et médical.

 En République de Chine à Taïwan, le gouvernement a déployé de gros efforts pour promouvoir la modernisation de la médecine chinoise. De ce fait, aujourd'hui, de nombreux médecins exercent aussi bien la médecine traditionnelle chinoise que la médecine occidentale. Ils ont contribué au traitement de l'hépatite, de l'hypertension, du cancer et d'autres maladies difficiles à vaincre. En pharmacologie, les chercheurs ont évalué l'efficacité, analysé, et testé des remèdes à base de produits pharmaceutiques chinois concentrés pour la commercialisation, ce qui a grandement facilité la rédaction des ordonnances et la prise des médicaments.

En science fondamentale, on mène des recherches sur la détermination du diagnostic par la mesure des pulsations. Les trois doigts utilisés par le passé pour déterminer la maladie sont maintenant remplacés par le réacteur de tension. Celui-ci transforme les variations du pouls en ondes électromagnétiques et les inscrit sur un écran. Ces données sont ensuite analysées par un ordinateur. De nombreuses découvertes importantes ont été réalisées gréce à la combinaison de la science moderne avec la médecine chinoise traditionnelle. Le mariage de la précision de l'une avec l'art de l'autre ouvre un monde nouveau de diagnostics et de traitements médicaux.

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